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STÉPHANE AKOA : « LES AMÉRICAINS VEULENT INSTALLER LEUR BASE AU CAMEROUN»

Le spécialiste des questions de défense analyse la présence militaire américaine au Cameroun contre Boko Haram. Une nécessité pour venir à bout de la secte Boko Haram.
Quelle appréciation faites-vous du déploiement militaire américain ?
Certes, c’est un déploiement inhabituel : nous n’avions jamais accueilli sur notre sol une armée étrangère pour une opération de ce genre. Mais, il faut dire que c’est une décision cohérente. Un, parce que les Etats-Unis sont déjà présents en Afrique pour lutter contre les mouvements djihadistes dans la zone du Sahel, au Mali, au Niger et en Mauritanie notamment. Deux, il faut se souvenir que les Américains nous ont souvent sollicités pour que nous acceptions que le Cameroun héberge le commandement d’Africom, c'est-à-dire le QG des troupes américaines en opération sur le continent africain notamment. Et trois, il ne faut pas oublier de souligner que les Américains nous aident depuis longtemps déjà, de façon moins officielle et moins ouverte, en fournissant le renseignement utilisé par l’armée camerounaise, à Bakassi par exemple. Et permettre, aujourd’hui que s’installe sur le sol camerounais un dispositif qui permettra d’aller collecter l’information dans les zones au Nigéria contrôlées par Boko Haram découle de ces logiques assemblées.
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Peut-on dire valablement que l’on s’achemine vers la création d’une base américaine sur le sol camerounais ?
Pas nécessairement. Mais si l’opération est un succès et si, effectivement il y une franche collaboration entre nos soldats et les soldats américains, cela pourra effectivement relancer l’idée d’une base ou d’un commandement installé au Cameroun. Pour l’instant nous n’y sommes pas encore. Cela dit, quand on voit le temps qu’il faut pour mettre en place la Force multinationale mixte et le temps qui a vu le déploiement des forces américaines sur le sol camerounais cela peut surprendre et laisser filer quelques commentaires. Je vous l’accorde !
Voyez-vous des objectifs inavoués de ce déploiement ? Contrer d’autres puissances peut-être ?
Pas nécessairement. Les Français sont déjà très présents avec l’opération Barkhane au Tchad. Ils ont aussi un très important dispositif au Mali. Et la France est également présente en République Centrafricaine . En termes de capacités opérationnelles, la France est au maximum de ses possibilités : elle n’a évidemment pas un potentiel au niveau de celui des Américains. Faire voler des avions de chasse et des hélicoptères de combat, déployer au sol des fantassins, patrouiller en mer…cela coûte énormément d’argent au contribuable français. Et malheureusement – ou heureusement pour certains – le président de la République française ne peut pas suivre sans risques les ambitions de ses stratèges les plus audacieux. Tout n’est pas permis surtout en ces temps de crise. On l’a constaté depuis quelques années avec le démantèlement de certaines bases françaises en Afrique et le redimensionnement de certaines missions, à Libreville, à Dakar, à Djibouti. La France fait avec ses moyens, et ses moyens ne sont pas les moyens des Etats-Unis.
N’est-ce pas un aveu d’impuissance du Cameroun de demander l’aide américaine contre Boko Haram ? Est-ce que le Cameroun ne s’en sortait pas plutôt bien jusqu’ici ?
Une armée qui, pour l’essentiel, quand on examine la situation des unités «ordinaires», était sous-équipée, sous-entraînée, sous-motivée du fait du traitement souvent indigent concédé aux soldats, allait à un moment ou à un autre éprouver ses limites, cela me semble évident . Nos ressources pour assurer notre sécurité ne sont pas toutes au niveau du Bir ou de la Gp. Et aujourd’hui lutter contre un ennemi qui est non seulement volatile mais également déterminé, ne peut se faire qu’en comptant sur nos seules forces. Nous avons besoin d’aide. Les Tchadiens ont été les premiers à contribuer à l’effort commun. Le Niger et le Bénin ont suivi. Que les Américains viennent désormais soutenir la coalition africaine qui s’organise ne me semble pas signifier un aveu de notre impuissance dans la guerre contre Boko Haram. Par ailleurs, nous n’avons pas – et cela nous le savons depuis longtemps – les moyens aériens nécessaires pour endiguer une menace du format Boko Haram. On a des fantassins. Mais pas d’avions. On a des soldats au sol. Mais, seulement cinq hélicoptères de transport. Ce n’est pas suffisant. Il faut déplacer rapidement nos unités.
Et nous n’avons pas ces capacités. Nous ne sommes pas équipés pour la surveillance ou les reconnaissances aériennes. Les Alpha jet sont d’abord des avions d’entrainement. Et accessoirement des avions d’attaque au sol. Ils peuvent éventuellement servir pour des missions d’observation, de renseignement, d’évaluation mais sans prétendre aux performances des avions de chasse. Si on y ajoute les drones du Bir cela fait très peu pour anticiper les mouvements de l’ennemi et traquer les commanditaires des attaques-suicides. Si les Américains apportent des moyens plus performants – drones à large rayon d’action ou avions de type Awacs – il n’y a aucune raison de refuser cette assistance technique. Pendant de trop nombreuses années nous avons à la fois négligé le travail d’élaboration d’une véritable doctrine militaire – qui aurait supposé la définition du type de menaces qui pouvaient un jour violenter le Cameroun – et la programmation des acquisitions dans les catégories où il était indispensable d’affirmer notre supériorité. Quand il faut faire la guerre, ces lacunes ne se cachent plus.
© Le Messager : Entretien avec Ludovic AMARA
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